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Rapport final : recherche sur les services d’établissement offerts en français aux nouveaux arrivants francophones en Ontario

ÉTUDE RÉALISÉE POUR LE Ministère des Affaires civiques et de l’Immigration – PROVINCE DE L’ONTARIO

LE 12 AOÛT 2011


TABLE DES MATIÈRES

SOMMAIRE
LISTE DES TABLEAUX
1. LE MANDAT
2. L’ORGANISATION DU RAPPORT
3. L’ANALYSE DÉMOGRAPHIQUE
4. LA REVUE DOCUMENTAIRE
5. LA RECENSION DES ORGANISMES OFFRANT DES SERVICES AUX IMMIGRANTS
6. LES RÉSULTATS DES ENTREVUES AVEC LES FOURNISSEURS DE SERVICES
7. LES RÉSULTATS DES ENTREVUES AVEC DES CHEFS DE FILE FRANCOPHONES
8. LES RÉSULTATS DES GROUPES TÉMOINS
9. LES PROGRAMMES DE FORMATION RELAIS FRANCOPHONES
10. SOMMAIRE DES CONSTATS DE LA RECHERCHE
11. CONCLUSION : PISTES DE SUIVIS EN MATIÈRE DE RECHERCHES
ANNEXES




Le mandat

Ce rapport a été réalisé en réponse à une demande de proposition du Ministère des Affaires civiques et de l’Immigration (MACI). Le mandat de l’étude est :

L’analyse démographique

La recherche présente une analyse démographique de l’immigration francophone en Ontario (Recensement 2006), en utilisant la rubrique Première langue officielle parlée (PLOP), qui ressemble à la définition inclusive de francophone (DIF) utilisée par la province de l’Ontario, plutôt que la rubrique Langue maternelle (LM). En utilisant la rubrique PLOP, on compte 96 010 immigrants francophones en Ontario. En utilisant la rubrique LM, on compte 36 980 immigrants francophones en Ontario. Il s’agit d’une différence de 259 % ((96 010/36 980)*100). Même si les données commencent à être périmées, elles demeurent pertinentes puisqu’elles présentent des tendances lourdes. Les faits saillants de l’analyse démographique sont les suivants :

La revue documentaire sur l’immigration francophone en Ontario

Un total de 151 documents publiés entre 1998 et 2010 ont été répertoriés. Parmi ceux-ci, 48 documents (32 %) décrivent les enjeux de l’intégration économique et 38 (25 %) les enjeux de l’intégration sociale.

La recension des organismes offrant des services d’accueil et d’établissement

La recension a pu identifier 189 organismes qui offrent des services variés en matière d’accueil et d’établissement d’immigrants en Ontario. La recension permet de cartographier quatre types d’organismes :

La recherche a repéré 95 organismes sociaux et culturels issus des communautés immigrantes francophones. Environ 40 organismes sont bien établis et disposent d’un site Web, d’un bureau et d’un personnel identifié. La recherche a identifié 32 lieux de culte chrétiens issus des communautés immigrantes qui offrent des services en français en plus d’offrir des services en anglais ou dans quelques autres langues. La recherche a recensé 137 mosquées en Ontario, mais n’a pu identifier les langues utilisées. La recherche a identifié 9 médias francophones issus des communautés immigrantes.

Entrevues avec les fournisseurs de services d’accueil et d’établissement

La recherche prévoyait la tenue d’entrevues auprès de 41 fournisseurs de services, choisis de concert avec le Ministère. Nous avons rejoint 33 organismes dont 15 ont complété l’entrevue. Dix-huit organismes ont indiqué qu’ils ne pouvaient pas participer à la recherche pour diverses raisons, dont le fait qu’ils desservent peu d’immigrants francophones. Les quinze répondants sont d’avis que les immigrants francophones sont confrontés à deux grands défis, soit les barrières linguistiques causées par le manque de connaissance de l’anglais et les difficultés à intégrer le marché du travail. Les répondants indiquent que les deux défis sont intimement liés. Les entrevues avec les chefs de file francophones confirment ces défis.

Les résultats des groupes témoins

Une partie importante des fonds de la recherche a été investie dans la tenue de 9 groupes témoins auxquels ont participé 147 personnes dans les différentes régions de la province. Les gens qui ont participé représentaient ainsi différents segments des communautés immigrantes francophones de l’Ontario. En termes méthodologiques, les données générées sont d’ordre qualitatif. Cette méthodologie ne permet pas de tirer des conclusions s’appliquant à l’ensemble de la population. Ces données présentent plutôt les points de vue de gens choisis au hasard concernant leurs expériences d’accueil et d’établissement en Ontario.

Presque la moitié des participants aux groupes témoins indiquaient que pour s’établir, ils ont reçu surtout de l’aide de leur famille et/ou des amis qui vivaient en Ontario avant eux plutôt que de l’aide des organismes d’accueil et d’établissement. Ces participants ont exprimé un haut niveau de satisfaction concernant leur projet d’immigration en Ontario.

Environ 50 % des participants aux groupes témoins ont exprimé plus d’insatisfaction que de satisfaction concernant leur projet d’immigration. Ils expriment notamment une insatisfaction élevée quant aux services reçus en matière d’intégration au marché du travail. Ils rapportent que les activités de préparation de curriculum vitae et de préparation aux entrevues n’ont pas aidé dans la recherche d’un emploi. À ce jour, ces gens n’ont pas d’emploi ou ont des emplois précaires. Selon ces participants, le concept de services d’accueil et d’établissement pour l’accompagnement des nouveaux arrivants est une très bonne pratique dans le système de l’immigration, mais les gouvernements doivent revoir avec les organismes concernés le système de livraison de services et la qualité de ces services.

Les points forts

La recherche a identifié trois points forts en matière d’accueil et d’établissement des immigrants francophones en Ontario.

1. Selon la recherche, les familles immigrantes francophones font preuve d’une grande capacité à s’intégrer par elles-mêmes en Ontario, en ayant recours aux conseils de leurs amis et de leurs proches déjà établis. Ces personnes se sont bien préparées dans leur pays d’origine en étudiant attentivement les sites Web du Canada et de l’Ontario. Elles ont investi le temps nécessaire à leur arrivée pour apprendre l’anglais et le maîtriser suffisamment pour pouvoir l’utiliser au travail. Elles ont refait des études pour obtenir leurs titres de compétence canadiens et elles se sentent maintenant bien intégrées au Canada après trois, quatre ou cinq années au pays. D’autres participants ont été recrutés par des employeurs et ont immigré au Canada à titre de travailleurs qualifiés. Ils sont heureux au Canada, notamment parce que l’employeur francophone a organisé un logement pour eux et les appuie dans leurs démarches pour faire venir leur famille. Ces immigrants disent recevoir d’excellents services d’établissement de l’organisme local francophone et ils parlent à leurs compatriotes de leur belle expérience à ce jour.

2. Les participants ont exprimé un très haut niveau de satisfaction concernant les services éducatifs offerts aux enfants immigrants dans les écoles de langue française, qu’elles soient publiques ou catholiques. D’une manière générale, les écoles de langue française semblent être un des facteurs déterminants du succès de l’immigration francophone.

3. Le nombre et la pertinence des organismes culturels, sociaux, sportifs ou religieux issus des communautés immigrantes francophones constituent un autre point fort identifié par la recherche. Ces organismes ne reçoivent pas de fonds des gouvernements, mais jouent un rôle important dans la vie de leurs membres et de leurs fidèles. Les participants aux groupes témoins affirment cependant que les immigrants francophones ont parfois trop tendance à participer uniquement aux activités de ces organismes et n’établissent pas assez de liens avec la communauté dans son ensemble.

Les points faibles

La recherche a identifié quatre points faibles en matière d’accueil et d’établissement des immigrants francophones en Ontario.

1. Les difficultés d’intégration au marché du travail représentent sans équivoque le point faible le plus important identifié dans la recherche, tant par les participants aux groupes témoins que par les répondants clés des organismes.

2. Un second point faible identifié dans la recherche concerne l’apprentissage de l’anglais. La majorité des répondants ont exprimé une insatisfaction importante concernant la disponibilité et la méthodologie des cours d’apprentissage de l’anglais.

3. Un troisième point faible concerne les avis donnés par les organismes qui donnent des services aux nouveaux arrivants. Des participants dans six des neuf groupes témoins estiment que le personnel dans les organismes d’accueil et d’établissement ne les accompagne pas de façon efficace, crée une dépendance sur leurs services ou les dirige trop vers les services sociaux plutôt que sur le marché du travail.

4. Les programmes de jumelage avec les familles canadiennes ou avec les familles immigrantes arrivées au Canada depuis longtemps sont très appréciés par les gens qui y ont participé. Le point faible est qu’il y a peu de programmes de jumelage destinés aux francophones en Ontario.

Les pratiques exemplaires

La recherche a identifié cinq pratiques exemplaires.

1. Dans le Nord de l’Ontario, un employeur a recruté des travailleurs francophones de l’étranger en participant au programme Destination Canada. Les jeunes hommes en question pratiquent un métier pour lequel il n’y a pas assez de main-d’œuvre dans la province. L’employeur francophone a organisé le logement pour ces travailleurs et appuie leurs démarches pour faire venir leur famille. Le Contact interculturel francophone de Sudbury, l’organisme d’accueil et d’établissement local, est bien branché dans sa communauté. Cet organisme assure les services d’établissement pour ces travailleurs. Le partenariat fait en sorte que ces immigrants sont très heureux au Canada. Ces immigrants commencent à leur tour à recruter des compatriotes pour qu’ils viennent s’installer au Canada.

2. L’ACFO de London-Sarnia a réussi à regrouper plusieurs services d’accueil et d’établissement ainsi que des services d’employabilité pour les immigrants francophones de sa région. Cette approche a permis de concentrer efficacement les services en français dans une région où les francophones sont peu nombreux.

3. Le projet La bonne affaire de RDÉE Ontario offre de bons services de formation à des immigrants francophones désireux de se lancer en affaires. Les participants confirment qu’ils apprécient les services, mais ajoutent qu’ils n’ont pas accès à un financement de microcrédit pour lancer leur petite entreprise individuelle ou familiale.

4. Le programme Travailleurs d’établissement dans les écoles est en soi une bonne pratique. L’effet de ce programme a été abordé à différentes occasions dans le cadre de la recherche. Le fait que le programme soit déjà implanté dans 66 écoles françaises de la province témoigne de son succès. Certains travailleurs ont indiqué que leurs bureaux sont situés dans des écoles, ce qui facilite leur tâche et favorise leurs contacts avec les étudiants.

5. Les programmes de formation relais constituent une pratique exemplaire. Les répondants clés des institutions indiquent que le taux de succès est de l’ordre de 80 %, c’est-à-dire que 80 % des participants obtiennent et maintiennent un emploi après avoir participé à ces programmes. Compte tenu du niveau de ressources investies par participant, on doit s’attendre à un taux de succès élevé. Bien que récents, ces programmes semblent bien structurés et bien livrés.

Pistes de suivis en matière de recherches

Le mandat de ce projet était d’identifier les enjeux émergents en matière d’immigration francophone en Ontario et non d’élaborer des recommandations. Les constats suggèrent d’autres pistes de recherche qui doivent être explorées pour améliorer la compréhension des enjeux entourant l’immigration francophone en Ontario.

La définition d’un immigrant francophone

Il faudra réaliser d’autres recherches pour mieux cerner le nombre et la réalité des immigrants francophones en Ontario. Le gouvernement fédéral et la province de l’Ontario n’utilisent pas les mêmes paramètres pour identifier les immigrants francophones. Les définitions utilisées par les deux paliers de gouvernement donnent des résultats très différents en ce qui concerne le nombre d’immigrants francophones. La différence est significative et comporte un enjeu de politique publique, puisque les fonds attribués à l’établissement d’immigrants le sont en fonction des nombres desservis. Les données présentent surtout les immigrants qui s’installent en Ontario. Il est plus difficile d’obtenir des données publiques sur le nombre d’immigrants francophones qui quittent l’Ontario.

Le recrutement d’immigrants francophones

Peu d’initiatives de recrutement d’immigrants francophones ont cours en Ontario. La revue de la documentation laisse prévoir que le recrutement d’immigrants, francophones ou non-francophones, deviendra un enjeu de plus en plus important dans les années à venir. Le programme des candidats des provinces présente une piste intéressante pour les communautés francophones de la province. Il serait nécessaire d’approfondir les connaissances sur les meilleures pratiques à mettre en œuvre pour recruter des immigrants francophones en Ontario.

Les rôles des organismes communautaires et des institutions publiques et parapubliques en matière d’accueil et d’établissement des immigrants francophones

Les groupes témoins ont généré un constat important : environ 50 % des participants considèrent que leur projet d’intégration est bien réussi à tous les points de vue. Ces gens ont très peu utilisé les services des groupes communautaires et ont plutôt bénéficié des conseils et de l’appui de leurs familles et amis dans leurs parcours d’intégration. La recherche semble indiquer qu’un certain nombre d’immigrants francophones ont besoin de services offerts par des organismes spécialisés très tôt après leur arrivée dans la province. Il peut s’agir d’organismes gouvernementaux qui donnent des informations précises sur des lois et des règlements, de municipalités qui mettent en œuvre des stratégies de développement économique sur leurs territoires, de conseils scolaires et d’institutions postsecondaires qui livrent des services éducatifs, ou encore d’institutions parapubliques comme les centres de santé. Ce sont des services que les organismes communautaires, de façon générale, ne sont pas en mesure de livrer. Une piste de recherche suggérée est d’approfondir la connaissance des résultats atteints par les prestataires de services aux immigrants francophones pour mesurer l’effet des services rendus à l’individu en matière d’intégration, notamment sur le plan économique. Une recherche bien structurée sur cette question permettrait de cartographier le parcours d’établissement, d’intégration et d’enracinement des immigrants francophones et d’identifier les points névralgiques où un investissement de fonds publics aurait le meilleur effet sur l’individu.

Le rendement des programmes d’enseignement de l’anglais

Une partie importante des participants à la recherche ont indiqué que leur expérience de l’apprentissage de l’anglais n’a pas été satisfaisante. Les organismes d’accueil et d’établissement ont presque tous indiqué que l’apprentissage de l’anglais est un grand défi. Étant donné le nombre croissant d’immigrants francophones en Ontario, il serait approprié de mener une recherche concernant l’efficacité des techniques d’enseignement de l’anglais et l’accessibilité de ces programmes pour les immigrants francophones.

Les défis de l’intégration économique

La recherche confirme que l’intégration économique est l’enjeu prioritaire pour une partie des immigrants francophones. La recherche semble indiquer aussi que cet enjeu dépasse la capacité des organismes d’accueil et d’établissement communautaires. La recherche suggère qu’il est nécessaire de repenser entièrement la logique d’investissement de fonds publics visant l’intégration économique des immigrants et de revoir les approches utilisées. Les modèles actuels ne semblent pas donner les résultats souhaités. Il serait nécessaire d’approfondir les connaissances sur cet enjeu.




LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 - Portrait de l'immigration francophone en Ontario - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 2 - Portrait de l'immigration francophone en Ontario - 2006 - Langue maternelle

Tableau 3 - Comparaison entre Langue maternelle et Première langue officielle parlée - 2006 - nombre et pourcentage d'immigrants francophones en Ontario

Tableau 4 - Régions mondiales sources des immigrants francophones - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 5 - Régions mondiales sources des nouveaux immigrants francophones - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 6 - Immigrants francophones et groupes d'âges - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 7 - Immigration francophone par période d'immigration de 1961 à 2000 et projection 2001-2010 - Ontario - Première langue officielle parlée

Tableau 8 - Immigrants francophones par division de recensement - Ontario - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 9 – Nouveaux immigrants francophones par division de recensement - Ontario - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 10 - Population immigrante francophone en proportion de la population immigrante totale - Ontario - 2006 - Première langue officielle parlée

Tableau 11 - Catégories de thèmes répertoriés - revue de la documentation - Canada - 1998 à 2010

Tableau 12 - Thèmes des articles portant sur l’Ontario publiés au cours des 5 dernières années

Tableau 12 - Thèmes des articles portant sur l’Ontario publiés au cours des 5 dernières années