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Rapport final : recherche sur les services d’établissement offerts en français aux nouveaux arrivants francophones en Ontario

ÉTUDE RÉALISÉE POUR LE Ministère des Affaires civiques et de l’Immigration – PROVINCE DE L’ONTARIO




11. CONCLUSION : PISTES DE SUIVIS EN MATIÈRE DE RECHERCHES

Le mandat de ce projet était d’identifier les enjeux émergents en matière d’immigration francophone en Ontario et non d’élaborer des recommandations. Les constats suggèrent certaines pistes de suivis, ainsi que des pistes de recherche qui doivent être explorées pour améliorer la compréhension des enjeux entourant l’immigration francophone en Ontario. Près de 70 % de tous les immigrants francophones à l’extérieur du Québec vivent en Ontario et presque 50 % de tous les immigrants francophone à l’extérieur du Québec vivent dans le Sud de l’Ontario, notamment dans la grande région urbaine de Toronto. Ces recherches s’avèrent donc importantes puisque l’Ontario est manifestement la province d’attraction principale des immigrants francophones qui s’installent à l’extérieur du Québec.

11.1. La définition d’un immigrant francophone

Le gouvernement fédéral et la province de l’Ontario n’utilisent pas les mêmes paramètres pour identifier les immigrants francophones. Les données du gouvernement fédéral présentent les immigrants admis en Ontario, selon leur intention exprimée dans leur pays d’origine. Le terme anglais est « landings ». En ce qui concerne la langue, le gouvernement fédéral présente les données selon la langue maternelle des immigrants, mais le paramètre linguistique utilisé par le gouvernement fédéral sera élargi d’ici peu. L’Ontario utilise la définition inclusive de francophone (DIF). Les définitions utilisées par les deux paliers de gouvernement donnent des résultats très différents en ce qui concerne le nombre d’immigrants francophones. La différence est significative et comporte un enjeu de politique publique, puisque les fonds attribués à l’établissement d’immigrants le sont en fonction des nombres desservis. En termes de pistes de suivi, il serait important d’assurer une concordance entre les définitions utilisées par les deux paliers de gouvernement pour guider les futures recherches.

11.2 Le recrutement d’immigrants francophones

La recherche confirme que peu d’initiatives de recrutement d’immigrants francophones ont cours en Ontario. La revue de la documentation laisse prévoir que le recrutement d’immigrants, francophones ou non-francophones, deviendra un enjeu de plus en plus important dans les années à venir. Le programme des candidats des provinces est modeste à ce jour en Ontario dans son ensemble, mais présente une piste intéressante pour les communautés francophones. Les enjeux de ce programme pour les communautés anglophones et francophones en Ontario sont différents. Recruter 100 immigrants anglophones à Toronto aura un effet minime sur la ville tandis que le recrutement de 100 immigrants francophones dans une ville comme Hawkesbury aura un impact très important sur la francophonie locale. Il serait nécessaire d’approfondir les connaissances sur les meilleures pratiques à mettre en œuvre pour recruter des immigrants francophones en Ontario. D’autres provinces déploient des efforts importants dans l’accueil et l’établissement d’immigrants francophones. L’Ontario ne peut pas tenir pour acquis que les immigrants francophones continueront à s’installer dans la province au même rythme que par le passé.

11.3 Les rôles des organismes communautaires et des institutions publiques et parapubliques en matière d’accueil et d’établissement des immigrants francophones

Les groupes témoins ont généré un constat important : environ 50 % des participants considèrent que leur projet d’intégration est bien réussi à tous les points de vue. Ces gens ont très peu utilisé les services des groupes communautaires et ont plutôt bénéficié des conseils et de l’appui de leurs familles et amis dans leurs parcours d’intégration. Le parcours de l’immigration comprend de grandes étapes dont le recrutement, l’accueil et l’établissement initial, l’intégration économique, culturelle et sociale et l’enracinement à long terme. La recherche semble indiquer qu’un certain nombre d’immigrants francophones ont besoin de services qui sont offerts par des organismes ayant une capacité spécialisée très tôt après leur arrivée dans la province. Il peut s’agir d’organismes gouvernementaux qui donnent des informations précises sur des lois et des règlements, de municipalités qui mettent en œuvre des stratégies de développement économique sur leurs territoires, de conseils scolaires et d’institutions postsecondaires qui livrent des services éducatifs, ou encore d’institutions parapubliques comme les centres de santé. Ce sont des services que les organismes communautaires, de façon générale, ne sont pas en mesure de livrer.

La recherche semble confirmer qu’il est nécessaire d’avoir dans un lieu une masse critique de services en français pour les immigrants puisque les immigrants qui ont besoin de services continus ont effectivement besoin d’une panoplie de services. Livrer une telle masse critique de services en français exige des ressources financières importantes. Une question se pose donc concernant les limites dans la capacité des organismes communautaires à appuyer l’intégration des d’immigrants francophones dans la province, comparativement à la capacité des institutions publiques et parapubliques à rendre de tels services.

Une piste de recherche suggérée est d’approfondir la connaissance des résultats atteints par les prestataires de services aux immigrants francophones pour mesurer l’effet des services rendus à l’individu en matière d’intégration, notamment sur le plan économique. Une recherche bien structurée sur cette question permettrait de cartographier le parcours d’établissement, d’intégration et d’enracinement des immigrants francophones et d’identifier les points névralgiques où un investissement de fonds publics aurait le meilleur effet sur l’individu.

Le segment des immigrants francophones qui ont besoin d’une aide soutenue pour s’intégrer démontre effectivement de grands besoins. Les organismes qui les servent doivent avoir une capacité importante pour rendre des services d’accompagnement sur une plus longue durée. La recherche permettrait de répondre à une question clé : étant donné le contexte d’une population francophone dispersée sur un grand territoire, est-il préférable d’investir dans des institutions francophones publiques et parapubliques permanentes ou dans des organismes communautaires qui dépendent de subventions et contributions annuelles pour rendre des services d’établissement et d’intégration de plus longue durée aux immigrants francophones? Cette question est d’autant plus pertinente que l’on prévoit une augmentation dans le nombre d’immigrants francophones qui s’établiront en Ontario.

11.4 Le rendement des programmes d’enseignement de l’anglais

Une partie importante des participants à la recherche ont indiqué que leur expérience de l’apprentissage de l’anglais n’a pas été satisfaisante. Les organismes d’accueil et d’établissement ont presque tous indiqué que l’apprentissage de l’anglais est un grand défi. La recherche n’a pas approfondi cette question. Les discussions avec quelques responsables des programmes gouvernementaux confirment la complexité du dossier. Étant donné le nombre croissant d’immigrants francophones en Ontario, il serait approprié de mener une recherche concernant l’efficacité des techniques d’apprentissage de l’anglais et l’accessibilité de ces programmes pour les immigrants francophones. Différentes questions pourraient être explorées, dont les suivantes, à titre d’exemple. Y a-t-il des différences dans les modes d’apprentissage de l’anglais chez les immigrants francophones et chez les immigrants non francophones? Le fait que le Canada a deux langues officielles influence-t-il la motivation des immigrants francophones vivant à l’extérieur du Québec dans l’apprentissage de l’anglais? Comment s’assurer que les immigrants francophones apprennent l’anglais tout en demeurant dans la sphère communautaire francophone?

11.5 Les défis de l’intégration économique

La recherche confirme que l’intégration économique est l’enjeu prioritaire pour une partie des immigrants francophones. La recherche semble indiquer aussi que cet enjeu dépasse la capacité des organismes d’accueil et d’établissement communautaires. Les entrevues confirment que l’aide à l’employabilité doit aller au-delà de la rédaction du curriculum vitae et de la préparation aux entrevues. La recherche suggère qu’il est nécessaire de repenser entièrement la logique d’investissement de fonds publics visant l’intégration économique des immigrants et de revoir les approches utilisées. Les modèles actuels ne semblent pas donner les résultats souhaités. Il serait nécessaire d’approfondir les connaissances sur cet enjeu pour trouver des réponses à diverses questions telles les suivantes. Quels sont les déterminants de la réussite de l’intégration économique des immigrants francophones? Quels sont les facteurs qui influencent l’intégration économique des immigrants francophones comparativement aux facteurs en cause chez immigrants anglophones et les immigrants n’ayant ni le français ni l’anglais comme langue d’usage? Y a-t-il des facteurs particuliers aux immigrants francophones? Si oui, quelles seraient des mesures à prendre pour influencer ces facteurs?


TABLE DES MATIÈRES

SOMMAIRE
LISTE DES TABLEAUX
1. LE MANDAT
2. L’ORGANISATION DU RAPPORT
3. L’ANALYSE DÉMOGRAPHIQUE
4. LA REVUE DOCUMENTAIRE
5. LA RECENSION DES ORGANISMES OFFRANT DES SERVICES AUX IMMIGRANTS
6. LES RÉSULTATS DES ENTREVUES AVEC LES FOURNISSEURS DE SERVICES
7. LES RÉSULTATS DES ENTREVUES AVEC DES CHEFS DE FILE FRANCOPHONES
8. LES RÉSULTATS DES GROUPES TÉMOINS
9. LES PROGRAMMES DE FORMATION RELAIS FRANCOPHONES
10. SOMMAIRE DES CONSTATS DE LA RECHERCHE
11. CONCLUSION : PISTES DE SUIVIS EN MATIÈRE DE RECHERCHES
ANNEXES